Au fil de ses travaux et de ses livres, sur les Sioux notamment et sur les Comanches, Pekka Hämäläinen n’a de cesse de redonner aux tribus indiennes une histoire propre, indépendante de la colonisation européenne. Dans son approche de l’Amérique indigène, l’historien étudie plusieurs communautés qui n’ont pas le même récit des origines, les mêmes traditions, les mêmes dialectes.Il s’agit donc ici de redonner leurs singularités à ces populations.
Loin des idées reçues, Pekka Hämäläinen nous apprend par exemple qu’il existait de grands centres urbains dont certains arboraient des constructions impressionnantes notamment le long du Colorado. On découvre aussi une vie politique et sociale riche et vivante qui délaissa ainsi de façon pragmatique une structure organisationnelle hiérarchique pour un modèle plus horizontal et égalitaire. Nous sommes donc loin des images forgées jusqu'ici par la tradition occidentale.
“Très tôt les Européens ont considéré la Terre d'Amérique comme leur bien”.
L'histoire est souvent écrite dit-on par les vainqueurs et celle de la conquête du continent américain en est un exemple frappant. Pekka Hämäläinen décentre notre regard et dissocie les sociétés indigènes des représentations qui en ont été faites. Face à l’afflux des bateaux depuis le XVème siècle, les populations indiennes apparaissent ainsi puissantes, stratèges, habiles dans le commerce et la négociation dont elles vont savoir jouer pour créer des rapports de forces. L’histoire des Indiens est donc loin de se résumer à une défaite finale et impressionne plutôt par la résistance qu’ils ont su opposer aux appétits voraces et violents des Espagnols, des Anglais et des Français pendant plus de 400 ans.
L’historien déploie avec une maîtrise de la narration une histoire aussi fascinante que méconnue. Brillant et indispensable.
Le Muséum d’Histoire naturelle rend hommage aux femmes qui ont depuis des siècles participé à l’essor des sciences sans que leurs noms n'apparaissent forcément dans les livres. Un ouvrage somptueux
Dans ce livre magnifique, le Museum d’Histoire naturelle retrace après avoir parcouru scrupuleusement ses archives, le parcours de 66 femmes, biologistes, botanistes, naturalistes, paléontologue, ichtyologues entre autres qui ont réussi à faire vivre leurs passions et la connaissance; et cela malgré toutes les contraintes et les empêchements qu’imposèrent les sociétés selon les époques.
Une pure merveille!
26 juillet 2024, alors que défilent les 206 délégations olympiques, Axelle Saint-Cirel coiffée d’une superbe afro entonne la Marseillaise tandis que de la Seine s’élèvent les effigies de dix femmes françaises remarquables. Parmi elles, Paulette Nardal, qui a pour l’occasion troqué sa peau noire pour un magnifique doré… “C’est à notre activisme que vous le devez”, affirme Amandine Gay.
Il y a une dizaine d’années, celle-ci entamait la réalisation de son documentaire Ouvrir la voix afin d’encourager les femmes noires françaises à sortir du silence. Aujourd’hui, elle prend la plume et assume l’ampleur du travail accompli. C’est d’ailleurs tout le propos de Vivre, libre : s’approprier son histoire, son travail, prendre sa place. Lassée des compromis et du people pleasing (bien souvent du white people pleasing), elle appelle aujourd’hui les femmes noires à prendre leur place sans concession, à revendiquer leur valeur, à prendre soin d’elles et à “péter à table”.
La célébration d’une femme de lettres noire à la Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques n’est pas le symbole d’une victoire de l’antiracisme. C’est le signe d’un progrès pour lequel le combat mérite d’être célébré, mais il reste tout un tas d’impensés à défricher et de prises de conscience à avoir. Au fil de ce brillant essai, elle lie son parcours personnel à l’histoire, à la sociologie, la psychologie et à la politique pour nous livrer une réflexion sur les interactions interraciales mais aussi intergénérationnelles.
Plus qu’un manifeste pour une lutte des femmes noires, elle dénonce frontalement le racisme systémique, jusqu’au cœur même des milieux féministes. Elle appelle également les personnes blanches à prendre conscience de leur privilèges et de leur poids dans la perpétuation de la suprématie blanche.
Un essai important qui lie l’intime au politique pour apporter une réflexion nouvelle à la question afroféministe.
Le développement personnel a déjà de belles années derrière lui et pourtant, le “travail sur soi” est toujours autant d’actualité. Cette nouvelle “philosophie de vie” emprunte de nombreux éléments aux spiritualités orientales telles que le reiki ou l'hindouisme, mais également à la méditation, au chamanisme, à la psychologie, ou encore à l’ésotérisme ou aux pouvoirs psychiques.
L’auteur, Damien Karbovnik, est sociologue et historien des religions à Strasbourg mais également spécialiste du New Age et de l’ésotérisme contemporain. Il retrace donc dans son ouvrage l’histoire des différentes mouvances et inspirations formant ce qu’est le développement personnel aujourd'hui. Il étudie aussi son fonctionnement, la manière avec laquelle il a intégré les différentes sphères de nos vies : sociale, professionnelle et personnelle.
C’est dans les années 50 aux Etats Unis que le développement personnel apparaît pour la première fois, avec l’idée de “potentiel humain”. Alors que le pays fait face à de nombreuses crises, sont apparues des méthodes nouvelles pour explorer un nouveau monde. L’une des grandes mouvances du développement personnel à cette époque a été la recherche d’un état de conscience modifié avec l’usage des psychotropes, souvent mis en avant par des célébrités telles que les Beatles, par exemple. Car, peu importe les moyens, le développement personnel cherche avant tout à nous faire “dépasser les limites apparentes de notre condition humaine, qu’elles soient physiques, psychologiques ou spirituelles.”
L’auteur aborde certaines dérives telles que l’aspect consumériste ou la poursuite d’un bonheur jamais atteignable. En effet, le développement personnel tend à ce que nous devenions une meilleure version de nous-même, parfois même en problématisant notre vie sans réel problème à régler.
Empruntant tout à la fois à la philosophie, à la spiritualité, aux religions mais aussi aux psychothérapies, le développement personnel fait feu de tout bois sans peur du syncrétisme: poster des citations inspirantes sur Facebook, faire des retraites de yoga, faire de la méditation, suivre de “belles âmes” sur Instagram, lire des livres de psychologie positive, de Boris Cyrulnik, Frédéric Lenoir ou Khalil Gibran, faire des rites chamaniques, rendre son intérieur feng shui. Finalement, pour citer Bergson, le développement personnel est un “supplément d’âme” à moins que ce ne soit, pour reprendre Marx, le nouvel opium du peuple.
Les écrits de la Bible sont appelés à être lus et relus, repris, paraphrasés, débordés, récités ou même détournés. Ces textes, rédigés au fil des siècles, ont réuni les peuples autour d’un travail commun, une lecture aux multiples interprétations, une “protestation poétique”.
Introduit par une magnifique préface de Frédéric Boyer, écrivain, éditeur et spécialiste de la Bible, l’ouvrage nous amène à découvrir ou redécouvrir ce genre littéraire qu’est la poésie d’inspiration biblique, à apprécier l’art des mots.
Dans son anthologie spectaculaire, l’éditeur Philippe François présente un ensemble de poèmes inspirés du livre sacré, avec l’ambition de réunir des textes du XVI au XIXème siècle. De Jean de la Fontaine à Mc Solaar en passant par Pierre Corneille et Jean Jaurès, ces auteurs hétéroclites, croyants et non-croyants, rappellent que la Bible passionne les foules mais surtout les poètes.
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Balancé comme une plaisanterie, jeté à la figure comme une insulte ou, pire, apposé comme un diagnostic, le terme d’hystérique n’en finit pas de coller à la peau des femmes même encore aujourd’hui. Pourtant il est bon de rappeler que ce terme n’a à proprement parler aucune réalité médicale. Alors pourquoi a-t-il encore autant voix au chapitre ?
Au cours d’une enquête menée pour l’émission LSD de France Culture, la documentariste Pauline Chanu cherche ce que revêt ce mot d’hystérique.
Une étymologie tout d’abord qui fait découler le mot du terme grec désignant la matrice, l’utérus: Hippocrate ou encore Platon ont pu associer les maux des femmes à leur utérus “baladeur”, qu’il faut déjà tenter de maîtriser pour soigner.
Une préoccupation obsessionnelle, voire un acharnement maladif des hommes et spécifiquement de la médecine pour le corps des femmes alors même qu’il est encore mal connu de nos jours comme le démontre par exemple les méconnaissances entourant l’endométriose.
Un moyen coercitif qui prive les femmes de parole, une silenciation des violences physiques et psychiques. L’hystérique serait un corps qui résiste quand la voix ne parvient pas à trouver une écoute. Freud lui même avait constaté que les personnes souffrant de ce que l’on nommait hystérie (son frère notamment) avaient vécu des manipulations ou des agressions sexuelles ayant certainement conduit à un choc refoulé; mais finalement, face au nombre gigantesque de violences intrafamiliales qu’impliquait son hypothèse, il renoncera au caractère réel de ces abus souvent incestuels pour les transformer a minima en fantasme. Et pourtant…
Comment ne pas voir dans ce livre l’ampleur de la maltraitance que subissent les femmes depuis des siècles. Comment ne pas ressentir un choc à la lecture de certaines vies. Comment accepter qu’aujourd’hui, avec toutes les avancées de la science, de la médecine, des sciences sociales, ce terme puisse continuer de discréditer, d’abîmer, d’étouffer au sein de la sphère privée mais aussi dans des cours de justice. Comme le Sorcières de Mona Chollet, Pauline Chanu apporte sa pierre à l’édifice d’une histoire des femmes complexe et libérée de ses zones d’ombres.