Un coup de coeur de Lucie
L’histoire suit Bobby, ouvrier du BTP dans le Jura, dont la vie bascule lorsqu’il surprend une scène ambiguë entre sa compagne Julie et son ami Max. Mais le véritable vertige survient ensuite : Julie lui affirme qu’ils n’ont jamais eu d’enfants, alors que Bobby est persuadé du contraire. Dès lors, un malaise s’installe, jouant sur la perception de la réalité et l’angoisse liée à la paternité, qu’elle soit réelle ou fantasmée. Au-delà de cette intrigue, le roman explore la crainte d’avoir ou non des enfants et la confusion des rôles dans une existence qui semble échapper à son protagoniste.
Bailly excelle à rendre ses personnages vivants et nuancés : la grand-mère frivole malgré son âge, Julie et Max aux contours insaisissables. Le Jura, loin des clichés ruraux, est dépeint avec modernité et authenticité. L’une des grandes forces du roman réside dans la langue de Bailly : directe, orale, teintée d’une ironie subtile, parfois cynique mais toujours percutante. Son humour, finement dosé, désamorce la tension par des répliques incisives et des descriptions saisissantes de vérité.
Roman insidieux et captivant, Les Enfants des autres plonge le lecteur dans un terrain mouvant. Sa construction en strates, où chaque partie ajoute une pièce au puzzle tout en ouvrant de nouvelles interrogations, confère au texte une tension permanente. Un récit sur la faille de l’existence qui manipule brillamment le lecteur jusqu’à la dernière page.